
Éric Fottorino is a French journalist and writer. He is the winner of the Prix Femina, 2007, for Baisers de cinéma. After having been a reporter for the daily newspaper Le Monde, then becoming editor-in-chief and executive editor, he was appointed president of the directory group of the La Vie-Le Monde group in January 2008. He was removed from this latter office in December 2010. His biological father, Maurice Maman, was of Moroccan and Jewish origin and was a gynecology student when he met his mother. The ultra-Catholic family of his mother, Monique Charbrerie, was opposed to their marriage. The young Eric was raised without his father. When he was 9, his mother married Michael Fottorino, a physiotherapist. It’s at this time that he took the name of Eric Fottorino. It was only years later that he managed to contact his biological father. In 1984, after studies at the Faculty of Law at the University of La Rochelle and then at the Institut d'études politiques de Paris, Eric Fottorino started as a freelance reporter for Libération and La Tribune de l’économie. He joined the daily newspaper Le Monde in 1986, initially as a news desk editor, tracking records of incoming source material, eventually moving on to work with agricultural and African source material. He then became a reporter (1995-1997) before becoming editor-in-chief in 1998, then a chroniqueur (a journalist who writes as a specialist in a particular domain) in 2003.
"Toutes les femmes attendent le grand amour. Ta mère cherchait son assassin."
خلال رحلة بحثه عن أمه الضائعة بلا أثر أو دليل يفضي إليها يقوم بطل "قبلات سينمائية" بجولة آسرة تكاد تكون للإمساك بماهية الحياة التي تخايل بإستمرار الضوء والظل..يغرق في آلاف المشاهد السينمائية سعياً وراء حقيقه أمه وعندما يعرفها يكف عن البحث عن الحقيقة لم تكن سوى رحلته ذاتها التي لم يحمل لها زاداً سوى معرفته بأنه ابن مصور سينمائي يصور البطلات أسر له قبل موته بأنه يدين بوجوده في الحياة لقبلة سينمائية.
"Lina n'était jamais vraiment là. Tout se passait dans son regard. J'en connaissais les nuances, les reflets, les défaites. Une ombre passait dans ses yeux, une ombre dure qui fanait son visage. Elle était là mais elle était loin. Je ne comprenais pas ces sautes d'humeur, ces sautes d'amour." Un dimanche de décembre, une femme livre à ses trois fils le secret qui l'étouffe. En révélant une souffrance insoupçonnée, cette mère niée par les siens depuis l'adolescence se dévoile dans toute son humanité et son obstination à vivre libre, bien qu'à jamais blessée. Michel Vuillermoz prête sa voix à Éric, et renoue avec finesse le fil de cette histoire familiale tourmentée pour en combler enfin les silences. L'écoute en classe de ce CD est autorisée par l'éditeur.
"Mon père s'est tué d'une balle dans la bouche le 11 mars 2008. Il avait soixante-dix ans passés. J'ai calculé qu'il m'avait adopté trente-huit ans plus tôt, un jour enneigé de février 1970. Toutes ces années, nous nous sommes aimés jusque dans nos différences. Il m'a donné son nom, m'a transmis sa joie de vivre, ses histoires de soleil, beaucoup de sa force et aussi une longue nostalgie de sa Tunisie natale. En exerçant son métier de kinésithérapeute, il travaillait "à l'ancienne", ne s'exprimait qu'avec les mains, au besoin par le regard. Il était courageux, volontaire, mais secret : il préféra toujours le silence aux paroles, y compris à l'instant ultime où s'affirma sa liberté, sans explication. "Ce sont les mots qu'ils n'ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil", écrivit un jour Montherlant. Mais il me laissa quand même mes mots à moi, son fils vivant, et ces quelques pages pour lui dire combien je reste encore avec lui." Éric Fottorino.
Brun va mourir. Il laissera bientôt ses terres à son fils Mo. Mais avant de disparaître, pour éviter la faillite et gommer son image de pollueur, il décide de couvrir ses champs de gigantesques éoliennes. Mo, lui, aime la lenteur des jours, la quiétude des herbages, les horizons préservés. Quand le chantier démarre, un déluge de ferraille et de béton s’abat sur sa ferme. Mo ne supporte pas cette invasion qui défigure les paysages et bouleverse les équilibres entre les hommes, les bêtes et la nature. Dans un Jura rude et majestueux se noue le destin d’une longue lignée de paysans. Aux illusions de la modernité, Mo oppose sa quête d’enracinement. Et l’espoir d’un avenir à visage humain.Avec Mohican, Éric Fottorino mobilise toute la puissance du roman pour brosser le tableau d’un monde qui ne veut pas mourir.
Moi, François Signorelli, docteur à Palerme, je me souviens de tout. Du vrai et du faux. De plus de gens et d'histoires que je n'en ai connu. Mille ans d'incertitude, tel est mon âge : ma mémoire prolifère et s'invente à mesure qu'elle se détruit, c'est un trouble neurologique désigné comme le syndrome de Korsakov. Je le sais, j'en suis un des spécialistes. Korsakov est mon mal intime, je le tutoie. Il me ronge et me délivre en même temps. D'abord, d'un passé noir comme l'abandon. D'une enfance triste à Bordeaux dans les années soixante, de l'absence d'un père de sang. De la folie de toute une famille où ma mère n'a pu tenir debout que par l'amour de Marcel Signorelli. Lui nous a donné son nom, celui de son propre père, Fosco, le cavalier magnifique du désert tunisien, dont les récits m'ont fait voler dans la lumière. Un coup de soleil pour la vie, que souhaiter de mieux quand celle-ci se dérobe?Me voici enfant et ancêtre, par la grâce de Korsakov.
Le jour où Colin a fait ses premiers pas au milieu du salon, entre la table basse et le canapé, Marie est partie. Elle a laissé son enfant avec Félix. C'était entendu comme ça. Ensemble, le père et le fils se sont inventé une famille en convoquant dans l'appartement désert des ombres chinoises, des personnages de dessins animés. Colin a grandi et Félix avec lui. Lorsque Colin a réclamé sa maman, Félix a dû trouver des réponses, tout seul. Jamais il n'aurait imaginé regarder son petit garçon avec les yeux d'une mère. Jusqu'où un père peut-il se travestir, face aux exigences d'un enfant qui dit: "Je veux maman "?
À l’approche de Noël 2018, le docteur Paul Gachet emmène sa femme et sa fille à la découverte de Florence. Alors qu’il brûle de leur faire découvrir les Botticelli, les charmes de la vieille ville et du fleuve Arno, leur séjour est perturbé par l’apparition d’une performeuse serbe, Marina Abramovic, à travers les rues de la cité jusqu’aux salles du Palazzo Strozzi. Qui est cette femme soudain omniprésente qui bouleverse tous les repères de Paul Gachet et des siens, malmenant son propre corps pour parler à une humanité sourde et défaillante ?Chirurgien-orthopédiste, Paul Gachet répugne aux mutilations de l’artiste. Mais il est malgré lui envoûté par son univers qui, s’éloignant peu à peu d’une violence gratuite en apparence, exprime une recherche d’harmonie avec l’autre, en particulier avec son compagnon Ulay qu’elle enlace à l’étouffer avant de nouer sa chevelure à la sienne ou d’exposer son cœur à la flèche de son arc.Deux ans après cette apparition florentine, Paul Gachet tombe par hasard sur une photo ancienne de Marina A et d’Ulay intitulée L’impossible rapprochement. Prise en 1983 à Bangkok, elle montre deux êtres qui voudraient se toucher mais en sont mystérieusement empêchés et doivent rester à distance l’un de l’autre. Alors qu’éclate la pandémie planétaire, Paul Gachet comprend que les manifestations de cet art étaient une forme d’alerte dont il saisit enfin toute l’importance. Une incitation à protéger l’autre, à refonder nos sociétés sur ces deux petits mots : « après vous ».
" J’avais vingt ans et j’avais écrit le plus beau roman du monde. C’est Clara qui le disait. Je croyais tout ce que disait Clara. " Au début des années 1990 à Paris, Jean Foscolani, dit Fosco, s’apprête à publier son premier roman, Des gens sensibles. Saisie par la force de son texte, l’attachée de presse de la maison d’édition, Clara, remue ciel et terre pour que le talent du jeune auteur soit reconnu. Grâce à elle, Fosco rencontre Saïd, un écrivain algérien adulé dans son pays, qui dénonce les atrocités commises par les fanatiques religieux. La vie de Saïd est en permanence menacée. Pendant quelques mois, avec Clara, ils vont former un trio inséparable uni par un farouche désir de liberté, par l’amour et l’amitié, et surtout par la conviction que la littérature est plus grande que la vie. Éric Fottorino offre une plongée incomparable dans l’univers littéraire de la fin du XXᵉ siècle, sur fond de drame algérien et de foi immense dans le pouvoir des mots. Dans ce livre audio bouleversant, c'est Alexandre Pavloff de la Comédie-Française qui prête sa voix puissante et tendre à Jean Foscolani.
«En septembre 2012, à quelques jours de distance, trois personnes se sont jetées sur les voies du RER, derrière chez moi, dans les Yvelines. Un vieillard, une mère de famille, un homme qui n’a pu être identifié. À la violence de leur mort a répondu le silence. Il ne s'est rien passé. Nul n’a désigné la souffrance par son nom. Une voix neutre a seulement résonné dans les haut-parleurs de la gare : "Suite à un accident grave de voyageur…" Nos vies ont pris un peu de retard. À cause de trois détresses qui n’ont jamais existé.»
C'est un dialogue bouleversant et dérangeant que propose Éric Fottorino dans La Pêche du jour. D'emblée s'installent le malaise, l'inconfort et le questionnement, jusqu'à la nausée. Qui parle ? Pourquoi ce mélange de cynisme, d'indifférence, d'impuissance, entre deux personnages réunis sur le port de Lesbos, en Grèce, évoquant d'un ton lapidaire le destin des migrants. L'un est un étrange pêcheur qui fait commerce de leurs corps sans vie. L'autre un curieux client dont on ne sait s'il veut acheter ces cadavres, ou se racheter. Nous racheter.Car c'est le miroir de nos renoncements que nous tend ce récit âpre et violent, aiguisé comme une lame, où les mots sont autant d'incitations à nous réveiller. Des mots qui pourrissent de ne plus servir : accueil, entraide, secours, chaleur. Des mots qui n'ont rien à faire ensemble, comme crime de solidarité.À travers cette fable cruelle, l'auteur interroge notre humanité perdue en se demandant si nous n'avons pas cessé d'être humains. Au moment où le sort des réfugiés est sans cesse instrumentalisé, où des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants meurent de traverser la Méditerranée parce qu'ils veulent vivre, La Pêche du jour est un texte d'intervention pour réfléchir, pour s'indigner, pour agir.
"chaque 10 janvier de sa vie depuis soixante ans maman reste couchée elle te remet au monde c'est de ça que je veux parler de ça et de rien d'autre" Dans Dix-sept ans, Éric Fottorino évoquait le fantôme qui hantait le début de son roman familial : une petite fille née trois ans après lui et aussitôt arrachée à sa mère, Lina, puis adoptée dans la clandestinité d'une institution religieuse bordelaise. Mon enfant, ma soeur est d'abord la quête de cette inconnue. Ce monologue sensible, long poème en prose, se transforme peu à peu en une sidérante enquête qui conduira le narrateur sur la trace de sa soeur disparue. Éric Fottorino continue sa bouleversante recherche d'identité entamée en 1991 avec Rochelle, et poursuivie depuis avec Korsakov et L'homme qui m'aimait tout bas.
"Au bout de la voie ferrée, dans une ville du Sud, un autre père m'attend. Le vrai, celui du sang dans les veines." Éric Fottorino a dix-sept ans, cinq mois et neuf jours quand il prend le train pour rencontrer son père biologique. Jusque-là, c'est Michel qui a veillé sur lui, l'a éduqué et l'a aimé. Le géniteur, c'est Maurice, qui porte un nom doux et drôle à la fois : Maman. Entre ces deux pères, il n'y a pas à choisir, plutôt attendre le bon moment pour apprendre à connaître celui qui ne l'a pas élevé. Et ce bon moment, c'est maintenant : l'heure des questions, et des réponses. Se raconter, se représenter Je découvre J'analyse Nous avons la parole Prolongements Classe de troisième.
Été 1976 sur l'Atlantique. Deux enfants rêvent de pays lointains. Marin a treize ans et Lisa dix. Marin raconte le sable qui brûle et autre chose qu'il ne saurait dire quand il regarde Lisa et la mère de Lisa, une ancienne Miss Pontaillac. Heureusement oncle Abel est là qui veille en douce et monsieur Archibouleau avec ses gros muscles. Et monsieur Maxence qui écoute la météo marine. Et les parties de pêche, les complets poisson, l'odeur des citronniers, heureusement. Les parents sont si décevants. Les coeurs s'écorchent. L'enfance se consume. Un jour Lisa saura nager le dos crawlé. « Tout à l'heure la voiture aux poneys a déposé Lisa en prévenant avec son klaxon. Quand je suis descendu au jardin madame Contini était déjà repartie. J'aurais aimé qu'elle m'embrasse avec ses lèvres luisantes. Lisa avait eu le droit de se maquiller. Elle avait du rouge sur les joues et sur sa bouche qui ressemblait à une cerise. Le tour de ses yeux était noir. C'était Lisa mais c'était plus vraiment elle. Plus je la regardais et plus je la cherchais. Elle m'a demandé si je voulais sa photo alors j'ai pas insisté. C'est à ce moment que je lui ai mis le concertina entre les mains et elle est redevenue vivante. Maintenant on joue à se poursuivre autour du bananier. Le vent courbe les palmes. On saute dans les taches de lumière en attendant le moment d'aller à l'eau. »
« Je fonce tête baissée, poursuivi par un cortège de champions. Ils sont tous là, ceux d’hier, Anquetil, Bahamontes, Merckx, Hinault, Fignon. Ils mènent la chasse derrière moi. Je suis encore en tête, mais pour combien de temps? Un homme seul peut-il résister à l'histoire du vélo, aux légendes lancées à ses trousses? Je ne connais de peloton que d’exécution. Ils m’auront rattrapé avant le pont, c’est couru. Pourtant j’ai un petit vélo dans la tête qui tourne à plein régime. Croyez-moi ou non, ça m’est égal, il m’arrive de me retourner pour voir s’ils ne sont pas juste derrière moi. Je me fais mon film. Je suis dans le film. C’est l’étape reine du Tour. J’y suis. Il faut que je tienne. »
Dans la région de La Rochelle, une énigmatique narratrice rend visite à un personnage étrange et marginal, l'écrivain Norman Jail. Ce vieil homme jouit d'une curieuse réputation au sein de la population locale, faite de mystère et de respect. D'abord, il est l'homme d'un seul roman, intitulé Qui se souviendra de nous ? , publié avant la Seconde guerre mondiale, alors que l'auteur avait tout juste vingt ans. Ensuite, Norman Jail est un pseudonyme, on découvrira au fil du récit comment l'écrivain a multiplié les avatars pour écrire des manuscrits qu'il n'a jamais envoyé à des éditeurs. Son vrai nom est Roger Marchandeau, mais sous le pseudonyme de Alkin Shapirov, il a écrit trois polars ; sous celui de Jesus Manuel Ortega, des textes animaliers ; ou encore sous celui de Jean-François Purcell, des romans d'amour... Quand il était jeune, il habitait Paris, dans le quartier de la tour Eiffel, dans un modeste studio. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Clara Bloch, jeune femme d'une grande beauté qui tombe amoureuse de lui et souhaite avoir un enfant. Il fait également la connaissance de Pierre-François, un jeune avocat promis à un brillant avenir, qui devient son meilleur ami, mais décède prématurément à l'âge de 29 ans. Mais on comprend bientôt que tout ce que raconte Norman Jail n'est pas forcément arrivé dans le réel. Le vieil homme mélange volontairement la fiction et la réalité. Et la narratrice, d'évidence venue remplir une mission bien précise, appartient-elle à la vie réelle ou à la vie rêvée de Norman Jail ? Texte en forme de poupées russes, Norman Jail rend un hommage à la littérature et au pouvoir de la fiction. Dans la première partie, l'écrivain réfléchit à la question de l'écriture et du roman. La seconde partie dévoile les différents masques dont l'auteur a usé tout au long de son existence pour travestir la réalité et s'inventer des vies plus exaltantes. Ce livre brillant, fluide, est en même temps une belle réflexion sur l'art du roman.
« Il est né en février 1936 dans le Mellah de Fès. Il vit aujourd'hui près de Barcelone, quand il n'est pas dans sa maison de Muret, près de Toulouse. La maladie lui interdit de prendre un avion, le prive de ses jambes, mais pas de ses souvenirs. Le marcheur de Fès, ce devait être lui. Je serais passé le prendre en auto. Une vertèbre proche de la moelle épinière, vermoulue comme une vieille charpente, en a décidé autrement. A quoi bon risquer la paralysie ? Il m'assure qu'il a toute son enfance « sculptée » dans sa tête. Le marcheur de Fès, c'est moi. Il me guide à distance. C'est étrange d'aller seul dans la ville où il a appris à marcher, au moment où il ne le peut plus. Je marche pour lui, par procuration. Je traverse le vieux Mellah ou Moshe-Moïse le fassi est devenu Maurice le français. Comme tous les siens. Je suis l'itinéraire de cette envie de France. Moins de deux kilomètres séparent le Mellah de la ville nouvelle. Deux petits kilomètres pour une vie rêvée puis réinventée entre deux mondes qui s'éloignent l'un de l'autre. Je sens la présence de son père Mardochée, de son grand-père Yahia le berbère, qui épousa jadis la nièce du grand Rabbin. Plus un seul juif dans le Mellah, seulement des cicatrices à l'embrasure des portes, là où étaient jadis fixées les mezouzah en signe de prière et de paix. Je traverse les souks, j'approche de la Karaouine, je monte aux Mérinides. Je découvre le cloaque de l'oued à l'eau glacée où enfant il se rêva champion du Maroc de natation. Voici la rue où son père vendait du charbon. Il attendait que trois étoiles s'allument dans le ciel pour s'autoriser une cigarette. Ici le balcon de leur premier appartement dans la ville européenne. Et là le cinéma l'Empire où Maurice resquillait aux entractes. Je m'arrête devant l'Urbaine, immeuble avec ascenseur et terrasse. De ce sommet un jour Maurice jeta son talet, son écharpe de prière, pour dire non à la religion. Rébellion d'un adolescent révolté devant la mort de sa grande sour Ninette à 17 ans. Où est passé le vélo blanc de la jeune fille, que nul n'avait le droit d'emprunter ? J'interroge le silence de nos vies. Fès me parle de lui. Et aussi André, son vieil ami d'enfance revenu vivre dans leur ville natale à soixante-dix ans passés. Et encore les rues désormais musulmanes du Mellah, l'ancienne place Lyautey, l'avenue Hassan II qui fut leur Sunset boulevard sous le nom d'avenue de France. C'est l'histoire d'un juif du Maroc qui dans l'exil n'a cessé ni d'être juif, ni d'être marocain ».
Longtemps j'ai rêvé du Monde. J'y serais entré même à genoux ! Depuis mon premier article, paru en 198, j'étais encore étudiant, jusqu'à mon départ, en février 2011, près de trente années se sont écoulées. Je me souviens de tout. La rue des Italiens, les séances de Bourse au palais Brongniart, mes premiers reportages. Je revois les affamés d'Ethiopie, le visage de Mandela, la trogne de Noriega. Je revois les kolkhozes d'Ukraine, le marché aux grains de Chicago, les élégantes du Viet Nam. J'entends la voix de Jacques Benveniste, qui croyait à la mémoire de l'eau, Jane Birkin parlant de Gainsbourg, tant de silhouettes, tant de reportages. Le journalisme fut mon pain de tous les jours. Je suivis d'un coeur léger ses mots d'ordre : voyager, rencontrer, raconter. Puis recommencer. Elu directeur, j'ai plongé dans l'aventure collective. Il a fallu garder confiance quand les dettes s'accumulaient, et que le Net ébranlait la galaxie Gutenberg. Il a fallu réinventer ce journal dans l'urgence et la douleur, sans gros moyens, avec la foi du charbonnier. Il a fallu aussi approcher le pouvoir et le tenir à distance. La mer était souvent agitée. J'ai tout revu, tout revécu. J'ai tout aimé ou presque, sachant avec Cioran qu'il faut parfois avaler l'amer avec le sucré. J'ai quitté Le Monde mais Le Monde ne m'a pas quitté.
Populiste, xénophobe, misogyne, milliardiare : Donald Trump est tout cela à la fois. C'est aussi la créature d'un système politique et médiatique qui l'a engendré, au point d'en faire le 45e président des États-Unis. Comme l'écrit Mark Lilla, professeur de science politique à Columbia, " le fauve est lâché ". Avec ses excès verbaux, ses insultes et ses mensonges. Comment a-t-il pu s'imposer ? Que dit sa victoire de l'état de l'Amérique, du parti républicain, de la question raciale et migratoire outre-Atlantique ? Quel président serat-il une fois installé à la Maison-Blanche ?C'est à ces interrogations et à bien d'autres que répond ce nouvel " Indispensable ". Au fil des mois, l'hebdomadaireLe 1a suivi de près l'évolution de l'Amérique, analysant à la fois le phénomène Trump et les échecs de l'administration Obama qui ont aussi préparé sa victoire. L'Amérique compte 120 millions d'exclus de la croissance, ces " hommes blancs en colère " qui se sentent attaqués dans leur identité, ébranlés par la crainte du déclassement social. Trump est devenu leur champion, précipitant la débâcle des élites. Ce livre réunit les analyses des experts américains les plus avertis, croisées notamment avec les regards de deux anciens correspondants du Monde aux États-Unis, Sylvain Cypel et Robert Solé.
"Je n'aurais pas su dire pourquoi mais un sentiment violent m'a traversé, pareil à un rai de lumière perçant l'obscurité. Une urgence. Pénétrer dans ce lieu, aller voir l'artiste serbe de soixante-douze ans connue du monde entier sauf de moi, devenait tout à coup une question de vie ou de mort."En 2018, lors d'un voyage à Florence, le docteur Paul Gachet découvre l'artiste contemporaine Marina Abramovic. Il reste inexplicablement fasciné par cette femme qui, lors de performances parfois dangereuses, malmène son propre corps pour parler à une humanité sourde et défaillante. Deux ans plus tard, alors qu'éclate la pandémie qui force chacun à la réclusion et met à mal nos liens, le docteur comprend que les manifestations de cet art étaient une forme d'alerte, une incitation à prendre soin de l'autre...
«?Quatre-vingts ans après la publication de L'Étranger, figure centrale de l'œuvre de Camus, ce livre questionne la notion d'altérité si discutée actuellement. Qui sont, aujourd'hui, les étrangers?? Qui tenons-nous pour autres, avec la charge de menace et d'inquiétude contenue dans ce mot, comme s'il fallait fatalement associer "étranger" à "danger"?? S'agit-il du réfugié, du migrant, de l'ancien colonisé venu se venger des "pays de la peur", selon la dénomination de l'Occident par Tzvetan Todorov?? Ou bien l'étranger est-il une forme dégradée de nous-mêmes, le sans-abri, le pauvre, l'invisible, celui que, à l'image de l'errant venu de loin, les esprits intolérants et frileux, gagnés par une obsession hygiéniste, jugent dangereux pour nos corps physiques autant que pour le corps social??Rebelle, lucide, minoritaire, souvent attaqué pour ses écrits et pour ses idées, l'auteur de L'Étranger et de L'Homme révolté n'a pas pris congé de ses lecteurs. Son besoin viscéral de comprendre le monde nous hante toujours.?»Éric Fottorino et Laurent GreilsamerCofondateurs de l'hebdomadaire Le 1avecKaouther Adimi, Michel Agier, Yves Marc Ajchenbaum, Julien Bisson, Louis Chevaillier, Maxence Collin, Marc Crépon, Raphaël Enthoven, Jeanyves Guérin, Marylin Maeso, Stéphane Pierré-Caps, Lydie Salvayre, Boualem Sansal, Gisèle Sapiro, Robert Solé, Benjamin Stora
Tous les cinq ans, aux prémices de la campagne, quand les arguments se déplient et que les passions s'affûtent, le passé ressurgit avec force dans le débat politique. C'est à ce moment qu'il faut prendre garde aux faits détournés et aux interprétations tendancieuses sur l'histoire. D'un côté, la France serait éternelle et l'identité française une essence immuable; de l'autre, cette identité serait dévoyée, diluée, et ses défenseurs attaqués de toutes parts - la France ne serait plus vraiment la France. Identité - altérité : paradoxe intenable. Cet ouvrage vous invite au contraire à interroger notre rapport à l'histoire, à voir en elle comme un magma d'événements en mouvance, à réinterpréter toujours, à la lumière d'éclairages nouveaux. Non pour la priver de sens profond, mais pour faire honneur à la compléxité du réel.
Alors que la presse écrite est menacée par la révolution numérique et par une crise sans précédent de sa distribution, Éric Fottorino livre un témoignage abrupt sur les défis que doit relever le papier comme support d’apprentissage, de connaissance et de compréhension du monde. Dans ces pages nourries d’une expérience de chaque jour, le cofondateur du 1, d’America et de Zadig en appelle à un combat de rue pour imposer la presse dans l’espace public. Et pour que la liberté de bien s’informer demeure une réalité vivante qui échappe à tous les pouvoirs ainsi qu’aux algorithmes inquisiteurs de l’intelligence artificielle. Il faut maintenant sauver les journaux, sauver les kiosques et les marchands qui les vendent sur l’ensemble du territoire. Nous sommes tous concernés. Il en va de la démocratie.
Cette activité ancestrale continuera-t-elle à structurer nos sociétés modernes, à retenir des familles à la terre tout en fournissant aux populations citadines une nourriture à la fois abondante et saine ? Dans ce nouveau volume des 1ndispensables, sociologues, économistes, écrivains et agronomes interrogent l’activité agricole, ses transformations nécessaires comme ses contraintes à la fois écologiques et financières. Alors que les fermes familiales disparaissent au profit des fermes-usines, l’agriculture biologique reste encore confinée dans des espaces restreints. À force d’uniformiser les modèles agricoles et les productions, les politiques publiques ont accéléré une mutation qui condamne la notion même de diversité. Si des initiatives naissent, plus respectueuses des cycles naturels – la permaculture –, si les individus, quand ils en ont les moyens, sont plus soucieux de leur santé en choisissant leur alimentation, la course à l’agriculture intensive et productiviste n’est pas terminée. Derrière les crises qui se succèdent – crise du lait, crise du porc –, ce sont des choix de société qui se profilent, parfois bruyamment quand se lève la colère paysanne.